Le meilleur grimpeur de la course française Berrendero, roi de la montagne sur le Tour

Deux années après l'exploit de Federico Ezquerra sur le Galibier, un autre grimpeur espagnol, le Madrilène Juliân Berrendero, allait briller une fois de plus sur le Tour de France, où il fut consacré roi de la montagne.

Né le 8 avril 1912 à San Agustln de Guadalix (Madrid), Juliân Berrendero commença très tôt à disputer des courses cyclistes. En 1935, il remporta le Championnat de Castille et le Tour de Galice, et arriva troisième sur le très difficile Tour du Pays basque; beaucoup s'intéressèrent donc

à lui. Ces attentes furent satisfaites l'année suivante, puisqu'il fut quatrième et premier Espagnol sur le Tour d'Espagne, seules des figures comme les frères Oeloor (Gustaaf et Fons) et l'Italien Antonio Bertola pouvant le

concurrencer. Cette prestation lui valut d'être sélectionné, avec Ezquerra, Canardo, Molina et Emiliano Alvarez, pour courir le Tour de France cette année-là. Le

coureur raconta plus tard lui-même cette expérience, à travers sa biographie, Mis Glorias y memorias, et divers entretiens.

On m'a donné le contrat et va pour Paris! Où est Paris, Julian? Je ne savais même pas où j'allais. J'ai pris la valise en carton, j'ai mis dedans du linge et es pantalons bouffants. J'ai attrapé la bicyclette et direction la gare ».

Au terme de son voyage l'attendait le contraste. La différence était grande des horizons fermés de l'Espagne affamée du mament à la France de la grandeur, .orgueilleuse de san appartenance à l'Eurape. Il n'est danc pas étannant qu'une grande part des sauvenirs de Berrendera ait trait à la gastranamie...

« Quand je suis arrivé à Paris, l'arganisatian m'a dan né à manger... Eh bien, je dis taujaurs que je suis allé en France les yeux fermés et que c'est en avalant le premier aliment qu'ils se sant .ouverts, et que je les ai grands paur cela. Je ne pauvais pas m'imaginer que l'an mar}geait camme cela nulle part: an te dannait de la campate, du paulet, des saupes spéciales paur les cyclistes, des steaks tendres, etc.

(...) Je me souviens aussi qu'on nous donna de très bons maillots, qui s'ajustaient à la perfectian. Rien à vair avec ceux dant an se servait en Espagne, qui naus étaient trop grands. Rends-tai campte qu'ils étaient si grands que nous devians y mettre une .orange au une baule de papier paur y faire une basse et les attacher...

Pour le reste, en ce qui concerne les bicyclettes et les boyaux naus, les cyclistes espagnals, naus étians à la hauteur des étrangers, parce que, si quelque chase na us manquait, naus en prafitians paur l'acheter là, et ainsi naus étians taus égaux ».

De sa première participation à la course française, Berrendero retenait sa nervasité des premiers jaurs. Cette année-là, les Alpes précédaient les Pyrénées et, paur la première fais, les cals du Vars, d'Allas et de l'izaard, devaient être mantés dans la même jaurnée, la neuvième, entre Briançan et Digne.

Berrendero et Ezquerra firent une superbe montée du Ballon d'Alsace. Puis, à un kilomètre et demi du sommet, ils se livrèrent un duel sans merci que remporta Ezquerra grâce à sa plus grande expérience. À la cime, le Basque avait une avance de 22 secondes sur le Madrilène. C'était une prouesse, car Ezquerra avait commencé l'ascension avec 40 secondes de retard et, après avoir dépassé tous les coureurs qui le précédaient, il avait fini par prendre en chasse Berrendero, pour enfin passer le sommet en solitaire.

Après le Galibier, où Berrendero et Ezquerra menèrent une action impériale - on les surnommait les « frères siamois de la montagne» -, le Madrilène fut le coureur espagnol qui fit la plus forte impression, car il se révélait en pleine forme. Ezquerra, au contraire, payait ses efforts antérieurs, perdant des forces et, avec elles, son rythme démolisseur.

À l'étape de l'Izoard, les deux grimpeurs espagnols se laissèrent aller et, au début, ne donnèrent pas tout ce que l'on attendait d'eux. Cependant, Berrendero se rattrapa plus tard, attaquant sur le Vars et l'Allos, dont il passa le premier les sommets.

« Je me souviens que les cols du Tour m'impressionnèrent (je n'en avais mêfne pas entendu parler) parce que leurs pentes étai nt terriblement dures et longues, déclara plus tard Berrendero. De plus, l'asphalte des cols de haute/montagne s'était soulevéet était plein de trous et de boue en raison des gelées et de la neige, ce qui les rendait assez pénibles à monter...

À l'époque, nos bicyclettes avaient quatre couronnes, deux de chaque côté de la roue (l'année suivante sont sortis les premiers dérailleurs Simplex et alors nous mettions quatre ou cinq couronnes d'un même côté).

Moi, à peine je voyais un panneau indiquant col que je descendais du vélo, je desserrais les papillons d'aluminium des roues (j'en avais toujours un de rechange dans la poche au cas où ça ne fonctionnait pas) et je retournais la roue pour placer la chaîne sur une couronne plus adéquate. Ensuite, je me mettais à pédaler jusqu'à ce que je me retrouve seul... J'aimais monter en forçant et les autres prenaient peur. Quand je posais pied à terre pour changer de braquet, je mettais du 18 quand eux mettaient du 20 ou 21... Ah, ça, ça les rendait nerveux!

Cela, descendre du vélo pour mettre un autre braquet, c'était un spectacle vraiment curieux: ceux qui étaient en équipe posaient pied tous en même temps pour s'aider en cas de besoin, et ceux qui n'y étaienJ pas s'arrêtaient où ils en avaient envie. (...) Sur le dos je portais deux boyaux de 300 grammes que, lorsque je crevais, je remettais à l'organisation afin qu'on me les change pour de nouveaux (à la fin du Tour se tenait une vente aux enchères et l'on pouvait acheter les boyaux crevés). En cas d'éclatement, c'était toute une histoire pour décoller le boyau qui était fixé avec un ruban de gomme - jusqu'à ce que sorte le mastic - et entre celui-ci et les routes c'était une sacrée affaire...

Je me souviens que les jours de chaleur étaient très dangereux, car il fallait faire très attention à ce que ne se décolle pas le ruban qui fixait le boyau, ce qui supposait alors de rouler sur la jante et d'avoir un accident à coup sûr ».

car il fallait faire très attention à ce que ne se décolle pas le ruban qui fixait le boyau, ce qui supposait alors de rouler sur la jante et d'avoir un accident à coup sûr ».

Par chance, Berrendero n'eut pas d'accident. La montagne lui souriait, comme à Federico Ezquerra, son ami et rival. Celui-ci décrocha une victoire splendide à la onzième étape, Nice-Cannes, qu'il remporta par une échappée lui offrant presque 2 minutes d'avance sur Maës et Vervaecke. Malheureusement, son triomphe ne fut pas célébré dans la joie. Il l'avait obtenu le 18 juillet, jour où, depuis l'autre côté des Pyrénées, des nouvelles tragiques parvenaient: la guerre civile espagnole avait éclaté. Sans nouvelles de sa famille, Ezquerra devint sombre et s'écroula dans les Pyrénées, le terrain où on espérait le voir démontrer son hégémonie de grimpeur. Le manque de moral et de motivation fut la raison pour laquelle il perdit 24 minutes sur l'étape Luchon-Pau. Berrendero, en revanche, se montra plein d'agressivité sportive et détrôna son ami de la première place au classement de la montagne.

Ainsi les Pyrénées furent-elles le siège de la victoire de Julian Berrendero : il fut deuxième au Puymorens, troisième au col de Port et au Portet d'Aspet, premier sur le col de Peyresourde, quatrième aux cols d'Aspin et d'Aubisque, cinquième au Tourmalet, après avoir livré une lutte peu commune au grimpeur belge Felicien Vervaecke, à Goasmat, à Magne et à Sylvere Ma:ës, qui eux' aussi aspiraient à s'emparer du sceptre de la montagne. Personne ne put rien contre le Madrilène. Il finit premier au Grand Prix du Meilleur Grimpeur suivi de Maës, Ezquerra, Vervaecke et Magne.




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