FAUSTO COPPI, UN HOMME SEUL AUX COMMANDES

L'Italie était libérée, Mussolini mort, et Fausto Coppi, le grand champion italien, languissait dans des camps de prisonniers. Grâce aux bons offices d'un ami, il fut transféré à Caserta, en Italie, comme chauffeur de camions dans un camp de la RAF. Il fut nommé ordonnance d'un officier britannique qui ne connaissait rien au cyclisme, le lieutenant Tovvell, mais la présence de Coppi à Caserta vint aux oreilles d'un journaliste local, Gino Palumbo. Celui-ci écrivit un article sur Coppi, qui arriva jusqu'à Rome et fut porté à la connaissance du grand public. Un petit constructeur de bicyclettes, Nulli, parla avec le commandement de la RAF et obtint une permission pour que Coppi participât à quelques courses en portant ses couleurs de fabricant romain. Coppi, alors souffrant de la malaria, pouvait se montrer heureux de la nouvelle opportunité qu'on lui offrait, mais il doutait: « ...Je ne suis que l'ombre de ce que j'étais, écrivit-il à un ami, j'ai peur de ce que peut m'apporter l'avenir ». Il fit sa réapparition sur le vélodrome de la Via Appia, à Rome, où il gagna 6 000 lires, malgré ses faibles forces. Sa classe était toujours au rendez-vous, et il arriva ainsi quatrième au critérium de Naples; puis il gagna la Copa Salvioni et Ia Copa Candelotti. En mai 1945 se termina la guerre et, à l'été, le lieutenant Tovvell dit à Coppi : « La guerre est finie. Retourne chez toi champion! » Coppi revint chez lui à bicyclette, en pédalant sur de petites étapes. Il était triste, convaincu d'avoir perdu les trois meilleures années de sa vie sportive. A presque vingt-sept ans, Coppi était brisé, diminué. Parlant de lui, Il Guerin Sportivo disait: « L'inactivité athlétique et une alimentation insuffisante pendant sa captivité ont diminué notablement la masse musculaire de Coppi, en particulier celle des cuisses, qui était la plus puissante et dont le périmètre s'est réduit de deux centimètres ». Cela n'empêchait pas Coppi de demeurer un coureur hors normes et, le dimanche 8 juillet, il remporta de façon exceptionnelle sa première course d'après guerre, le Circuit des As de Milan. Devant 50 000 spectateurs, Coppi roula à une moyenne de 42,500 km/h. Avec ce retour de popularité, Coppi termina l'année 1945 en rompant son contrat avec Legnano et en en signant un nouveau avec Bianchi. Pour lui s'achevait une étape de sa vie sportive et en commençait une autre, qui allait l'opposer, avec encore plus de focce,à Gino Bartali, chef de file de l'ancienne équipe. Ce schisme, qui devait diviser l'Italie en « cop i tes » et « bartalistes », donna ses premières étincelles le 19 mars 1946, sur le Milan-San Remo. Peu après le départ. Coppi s'échappa du peloton avec huit autres coureurs, qu'il laissa là dans les pentes de la montée au Turchino. Au sommet, à 140 kilomètres de San Remo, Coppi décida de tenter sa chance et, au lieu d'attendre ses poursuivants, il entama une descente à tombeau ouvert. Au passage de Voltri, il avait déjà 8 minutes d'avance sur le coureur suivant, le Français Lucien Teisseire. Le grand Fausto était déchaîné. aveugle, de sorte que,' si un motard de la course, du nom de Carini, ne lui avait pas bloqué le passage, il aurait fini sous les roues de l'express de la Côte d'Azur. Remontant sur sa bicyclette. Coppi continua sur sa lancée. tel un projectile, avec un rictus de souffrance que lui donnait l'effort malgré ses grands dons physiques À ses côtés, un jeune journaliste de la RAI, Mario Ferretti, retransmettait son échappée en des termes qui sont entrés depuis dans la légende de ce sport : « Un uomo solo al comando, la sua maglia è biancoceleste, il suo nome è Fausto Coppi» «< Un homme seul aux commandes, son maillot est blanc et bleu, son nom est Fausto Coppi »). Sur le bord de la route. les gens criaient: « Coppi arrive! » Derrière lui, loin, très loin, Teisseire pédalait comme un fou pour éviter d'être pris en chasse par le groupe de Bartali, Ricci et Camellini, lesquels avaient réalisé une très rapide ascension du Capo Berta. Pour le reste, il n'y avait plus rien à faire. Coppi passait presque, déjà, la ligne d'arrivée. Après ses 170 kilomètres d'échappée, dont 140 en solitaire, Coppi remporta ce Milan-San Remo avec 14 minutes d'avance sur Teisseire, et 18 minutes sur Ricci et Bartali. Celuici n'accepta pas la défaite et réclama vengeance. Leur .{ivalité n'en était qu'à ses prémices.

Coppi et Bartali : l'Italie se partage en deux - La bicyclette de Fausto Coppi - Mort tragique de Coppi




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