L'année où on vola un Tour de France à l'enfant de Cantabrie

Vicente Trueba et le Tour de 1933

Le 16 octobre 1905 naquit à Torrelavega, dans une famille de paysans, Vicente Trueba, qui allait devenir le premier grand grimpeur du cyclisme. Quand Vicente Trueba vint au monde, deux frères aînés l'attendaient déjà, Federico et José, qui peu à peu lui instillèrent la passion du cyclisme. Il fit ses premières longues promenades à bicyclette avec José, et c'est ainsi qu'il se forgea son physique sportif et qu'il s'habitua à la souffrance inséparable du cyclisme. Il acheta sa première bicyclette, ne portant aucune marque, grâce à l'argent qu'il avait gagné en plantant des pommes de terre avec ses frères. Il se paya la deuxième, une superbe machine anglaise, en travaillant comme charpentier. Son frère Federico commençait de son côté à se distinguer comme cycliste, et il lui offrit sa bicyclette, une Favor française qui pesait 16 kilos.A l'époque, en 1922, l'usage des dérailleurs sur les bicyclettes était très peu répandu, bien qu'en Espagne on en commercialisât, n sous le nom de Torpedo: celui-ci pesait 2 ou 3 kilos, et était si peu fiable que personne ne voulait s'en servir. Dès 1924, Vicente Trueba courut sa première course, une épreu.(e de 40 kilomètres disputée chez lui. Il arriva deuxième et le prix qu'il remporta fut un rasoir Gillette d'une valeur de 1,50 pesetas. À partir de là, la carrière sportive de Vicente Trueba suivit un rythme irrégulier et syncopé : il se rendait à son lieu de travail à bicyclette, et c'est avec ce seul entraînement qu'il participait aux courses, quand il en avait l'occasion. En réalité, ce sport ne l'attirait pas profondément, il ne le prenait pas au sérieux, et c'est son frère José, s'étant rendu compte de ses dons, qui le poussait à continuer.

Bien qu'il abandonnât souvent le cyclisme pour ensuite retourner vers lui, Vicente Trueba, en 1926, courait désormais avec une licence professionnelle, une licence qu'accordait la Fédération après avoir constaté les mérites des coureurs. C'est ainsi que Trueba fut appelé à disputer le Tour de France de 193O, une course dans laquelle il se fit remarquer par sa manière d'escalader. " figura à la vingt-quatrième place du classement généraI. Néanmoins, il n'était pas satisfait de son premier passage dans la course française, où, disait-il, on lui avait joué de mauvais tours. Pour cette raison, et parce que le cyclisme n'était pas rentable pour lui, il passa l'année 1931 sans courir. " fit son retour en 1932, piqué par la rumeur selon laquelle il ne se lançait plus dans la compétition parce qu'il souffrait de la tuberculose. Cette année-là, il courut le Tour en solitaire, sans équipe, et se révéla un grand grimpeur, tout comme le Français Benoît Faure, le seul susceptible de lui faire de l'ombre.

« J'ai attiré' l'attention du public comme de la presse en montant les côtes sans me fatiguer », déclara plus tard Trueba à la revue espagnole Sprint. « Je l'ai mal vécu parce que je devais courir seul et que cela me coûtait de l'argent, mais je me suis suffisamment amusé pour avoir envie de revenir l'année suivante. En plus, quelque chose me disait qu'en 1933 j'atteindrais le triomphe définitif, la renommée européenne et même que je gagnerais beaucoup d'argent. C'est pourquoi j'ai continué, et j'ai réussi à avoir mon heure de triomphe ».

En 1933, Trueba courut le Giro, en Italie, et la Volta a Catalunya, entre autres courses, puis il se rendit sur le Tour de France, où cette année-là on étrennait le' Grand Prix de la Montagne.

Pendant la première étape, comme cela était habituel chez lui, Trueba oublia de manger, et perdit 18 minutes. La donne devait changer avec l'arrivée sur les premiers cols. Dans la montée de ceux-ci, les rivaux de Trueba se moquaient de sa petite taille, jugeant qu'à ce rythme il ne finirait pas la course. La situation s'inversa dans les étapes des Alpes-Maritimes, où Vicente Trueba, que Desgrange baptisa {( la puce» en raison de sa manière de grimper par sauts, fit une telle démonstration de force qu'il laissa ses concurrents sans voix.

La première mise en garde fut donnée à la dixième étape, Digne-Nice, où la chaleur fut si terrible qu'elle poussa à la paresse Archambaud, Speicher, Guerra, lYIartano, Camusso et d'autres grands coureurs, qui décidèrent de prendre un jour de repos.

Tournant à leur avantage la situation, Fernand Cornez et Fernand Fayolle, deux touristes-routiers comme Trueba, décidèrent de profiter du laxismé des grands pour organiser une échappée qui, finalement, leur donna 15 minutes d'avance sur le petit groupe formé par l'Italien Pastorelli, Sula et Trueba, tandis que le peloton arriva pour sa part bien plus tard, quand les commissaires étaient déjà à l'hôtel, se reposant de la journée.

À ce moment-là, le règlement de la course était inflexible, et fixait une limite de temps de 8 % par rapport au vainqueur de l'étape, tous les coureurs dépassant ce temps étant éliminés. Dans ces conditions, si l'on appliquait rigoureusement le règlement, tous les cyclistes qui étaient arrivés ce jour-là après la septième. position devaient être éliminés, le maillot jaune revenant à Vicente Trueba... Desgrange voulait néanmoins sauver sa course et, après quelques délibérations, on décida de passer outre les règles et de repêcher les champions auxquels on n'imposa aucune pénalité de temps.

Le jour suivant, à la onzième étape, NiceCannes, on devait passer les cols de Sraus, de La Turbie et du Mont Faron.

Se sentant peut-être humilié par les événements du jour précédent, le leader, Maurice Archam baud, attaqua de loin et distancia ses rivaux les plus directs, Sp 6'M'er, Magne, Guerra, Martano et Camusso. Aucun d'entre eux n'eut l'initiative de le prendre en chasse, ce qui ne plut pas à Trueba, bien décidé à consolider sa place de roi de la montagne. Ainsi, il attaqua dans le dernier des cols, et, sur les sept kilomètres de l'ascension, il laissa derrière lui non seulement Speicher et Magne, mais il se lança aussi à la poursuite d'Archambaud, qu'il dépassa à un kilomètre du sommet. Plus corpulent et meilleur rouleur que lui",(n'oublions pas qu'il fut recordman de l'heure). Archambaud neutralisa ensuite Trueba et remporta l'étape, dans laquelle « la puce» fut quatrième.

À la suite des déconvenues'qu'il souffrit ce jour-là, Archambaud ne put soutenir les attaques suivantes de ses concurrents, et il perdit le maillot jaune, qui se retrouva sur les épaules de Speicher.

Par la suite, pour éviter que ne se représentent à l'avenir des cas comme celui de Trueba, on changea la réglementation de la course, le délai passant à 10 % (et allant jusqu'à 12 % dans certaines étapes de montagne). et l'on ajouta la clause suivante: {( Ces délais pourront être allongés jusqu'à 15 % dans le cas où, avec les délais précédents, seront éliminés plus de 15 % des participants ». C'est grâce à cette mesure que fut sauvé de l'élimination Fausto Coppi en 1951, victime d'un malaise brutal, ainsi que de nombreux coureurs de premier rang, même s'il n'en fut pas ainsi des autres cyclistes {( de l'ombre », envers lesquels on eut moins d'égards.

Malgré tout, sur ce Tour de France de 1933, aucun des cyclistes accompagnant Trueba dans l'hypothétique, surprenant et pourtant juste classement général après la dixième étape ne passa devant la mythique {( puce de Torrelavega » : ainsi, selon l'esprit et la lettre du règlement du Tour, cette course aurait dû être la sienne. Il n'en fut pas ainsi et Trueba demeura sixième du classement général, même s'il remporta par ailleurs le premier Grand Prix de la Montagne, qu'il décrocha avec les ascensions du col de Peyresourde, du col d'Aspin, du col du Tourmalet et du col,â'e l'Aubisque, dont il passa les sommets seul, ce qui, malheureusement, et comme dans les autres cols, ne lui donnait aucune bonification et ne jouait donc pas en faveur du brave grimpeur espagnol.




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